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Manoel de Oliveira


Portrait de: Manoel de Oliveira

 

Fils d’un riche industriel de Porto, Manoel de Oliveira voit le jour en 1908, juste avant la chute de la monarchie portugaise. Dès le début de sa carrière, le réalisateur est remarqué pour son avant-gardisme. En 1931, il réalise le courtmétrage Douro, Faina Fluvial, un documentaire néo-réaliste sur l’activité portuaire près du fleuve Douro résonnant comme un violent portrait de la misère sociale. Si la critique salue un regard d’esthète novateur, la censure dictée par le régime dictatorial salazariste ne partage pas cet enthousiasme et freine la carrière naissante du jeune réalisateur. Seules quelques oeuvres ponctuent ce passage à vide pour le cinéaste en herbe, qui se concentre alors sur une carrière de champion de saut à la perche et de coureur automobile ! Le régime salazariste finit par tomber le 25 avril 1974. Finis les bâtons dans les roues. Pour Oliveira, les choses sérieuses peuvent commencer.
 

 

 

 

 

 



Les années 70 marquent l’affirmation de de Oliveira dans le monde du 7e art
. Mais le grand public reste hermétique à cette esthétique particulière et s’insurge devant Amour de Perdition (1978). Le réalisateur prend en effet son temps et fait du plan fixe le pilier de son cinéma. Mais en l’absence de mouvements de caméra, l’image se dote d’une nouvelle lecture et devient peinture. Scénographie et composition complexes, cadrages frontaux, sens du détail, le processus peut paraître âpre et pourtant, l’image prend vie et se nourrit en permanence des codes des autres arts : théâtre, opéra, musique, littérature, poésie... Privilégiant le ressenti à la rigueur narrative, l’art discursif à la limpidité des dialogues, l’implicite au démonstratif, l’intemporalité à la fidélité historique, de Oliveira prône la sobriété, esquive la prétention et l’arrogance, pour toucher des sensations nouvelles dont lui seul a le secret.
 

 

 

 


 

 

 


Faisant l’économie de tout artifice, le réalisateur va puiser son inspiration dans le thème de la passion amoureuse. Après l’adaptation de la pièce fleuve de Paul Claudel, Le Soulier de Satin (1985), et l’opératique Les Cannibales (1988), qui chantent les amours contrariés de deux aristocrates, ce n’est véritablement qu’en 1993 avec Val Abraham que le réalisateur s’établit une réputation internationale. Cette transposition de Madame Bovary à nos jours abolit tout sentimentalisme pour une théorisation, parfois austère, du romantisme. Mais le film touche par ses apartés visuels sublimant la spectrale Leonor Silvera, son actrice fétiche. Car plus que de l’amour, de Oliveira est un cinéaste des femmes. Objets de fascination ou vouées à un destin tragique, elles imprègnent ses oeuvres d’une sensibilité féminine évidente, qu’elles s’appellent Catherine Deneuve dans Le Couvent (1995) ou Chiara Mastroianni en Princesse de Clèves moderne dans La Lettre (1999).
 

 

 

 

 

 

Photos tirées du film L'étrange affaire Angélica

 

 



De Oliveira tourne désormais à un rythme effrené. Mais les affres du temps semblent s’imiscer dans ses dernières réalisations qui sonnent l’heure du bilan personnel. Plusieurs films traitent du travail de mémoire et des problématiques de l’âge : un fils suggère le suicide à son père qui ne supporte plus la vieillesse dans Inquiétudes (1998), le propre passé du réalisateur est mis en scène dans le nostalgique Porto de mon enfance (2001), un comédien vieillissant est dépassé par son mode de vie dans l’atone Je rentre à la maison (2001). Ses travaux prennent aussi des allures de reconstitutions historiques très personnelles (Le Cinquième Empire (2004), Parole et Utopie (2008) et Christophe Colomb (2008)). Jusqu’à son dernier film, l’Etrange Affaire Angélica, où la mort fascine, obsède et séduit. De Oliveira s’attache à percer cette « énigme dont nous ne savons rien ». Une chose est sûre, son audace cinématographique est bien vivante.

 

 


Ravith Trinh

 

 

Et aussi sur Mondomix :

- La chronique du film L'étrange affaire Angélica








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